
La guerre est une épreuve pour une nation. Elle exige unité, sang-froid et détermination. Mais elle ne saurait devenir un alibi politique, encore moins un blanc-seing accordé au pouvoir pour échapper à toute reddition des comptes. Car si la République Démocratique du Congo fait face à la guerre dans sa partie l’Est, une question demeure, incontournable : qui répond de l’action ou de l’inaction de l’État en temps de crise ?
Reconnaître cette guerre ne dispense pas d’examiner la gouvernance interne. Depuis plus de six ans, l’État congolais est dirigé par des institutions élues, dotées de pouvoirs constitutionnels étendus. À ce titre, la responsabilité est collective mais hiérarchisée : le sommet de l’État fixe la stratégie, conduit la diplomatie, réforme l’armée et garantit la cohésion nationale. La guerre n’abolit pas ces obligations ; elle les rend plus impérieuses.
Or, réduire la crise à un duel moral le bien contre le mal, le patriote contre l’ennemi est une facilité dangereuse. L’Est du pays n’est pas seulement le théâtre de cette guerre ; il est aussi le révélateur de failles structurelles : faiblesse persistante de l’appareil sécuritaire, gouvernance défaillante, conflits politiques, fractures communautaires instrumentalisées, corruption et clientélisme. Ces réalités précèdent la guerre actuelle et, faute d’y répondre, elles l’alimentent.
Dans ce contexte, refuser toute critique au nom de l’unité nationale revient à confondre patriotisme et soumission. Le patriotisme authentique n’est pas l’adoration d’un homme ni la sacralisation du pouvoir ; c’est l’exigence de résultats, la transparence des choix, la correction des erreurs. Une nation se renforce quand elle se regarde en face, pas quand elle s’enivre de slogans.
C’est aussi là que le dialogue national retrouve toute sa pertinence. Non pas un dialogue de complaisance, ni un marchandage politique, mais un cadre sérieux pour identifier les causes profondes du conflit, isoler les agendas cachés, réparer le lien social et refonder l’autorité de l’État. La fermeté militaire est nécessaire ; elle ne suffit pas. Sans traitement politique des fractures internes, toute victoire sera fragile, provisoire, réversible.
Enfin, transformer le chef de l’État en figure intouchable, portée par la ferveur et l’invocation du sacré, est une pente glissante. La République n’a pas besoin de mythes ; elle a besoin d’institutions fortes, de décisions cohérentes et d’une responsabilité assumée. Soutenir l’État en guerre, ce n’est pas suspendre la critique ; c’est l’élever, pour qu’elle serve l’intérêt général.
La question demeure donc et elle est salutaire : la guerre efface-t-elle les responsabilités de l’État ?
La réponse est non. Plus que jamais, elles demeurent.
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