0 4 minutes 4 semaines

Une déclaration largement relayée sur les réseaux sociaux attribuée au porte-parole du gouvernement de Kinshasa selon laquelle « si on doit encore dialoguer avec l’AFC/M23, ça se passera à Kinshasa. Pas ailleurs », relève davantage de la posture politique que d’un raisonnement stratégique sérieux face à une crise sécuritaire grave et persistante dans l’Est de la RDC.

Derrière cette phrase se cache une logique dangereusement simpliste : croire que le lieu du dialogue suffirait à réaffirmer l’autorité de l’État, alors même que cette autorité est contestée sur le terrain, armes à la main, au Nord et au Sud-Kivu. Or, l’histoire récente du pays démontre une évidence : ce ne sont pas les murs de Kinshasa qui font la paix, mais la volonté politique, la cohérence diplomatique et la protection réelle des populations.

Exiger Kinshasa comme cadre exclusif du dialogue, c’est parler depuis le confort du centre du pouvoir, loin des villages bombardés, des déplacés entassés dans des camps et des territoires sous menace permanente. Cette position ignore volontairement la réalité vécue par les populations de l’Est, qui attendent des solutions concrètes, pas des démonstrations de souveraineté verbale.

Le problème n’est pas  l’on dialogue, mais pourquoi les dialogues précédents ont échoué, qui parle au nom de l’État, et surtout quelles garanties sont offertes aux civils. En focalisant le débat sur Kinshasa, le gouvernement détourne l’attention des vraies questions : l’inefficacité militaire, les failles diplomatiques et l’absence d’une stratégie claire et crédible de sortie de crise.

Brandir Kinshasa comme un totem de souveraineté face à la crise sécuritaire actuelle frôle l’incantation politique. La souveraineté ne se prouve pas par le lieu d’un dialogue, mais par la capacité de l’État à :

  • protéger ses frontières,
  • sécuriser ses citoyens,
  • imposer son autorité sur l’ensemble du territoire.

Or, tant que des groupes armés dictent leur loi à des centaines de kilomètres de la capitale, le discours de fermeté devient creux, voire cynique.

Cette sortie du porte-parole du gouvernement s’inscrit dans une logique de communication politique interne, destinée à rassurer l’opinion de Kinshasa, plutôt qu’à répondre aux attentes des populations de l’Est. Elle donne l’impression d’un pouvoir plus soucieux de sauver la face que de sauver des vies.

Pire encore, ce type de raisonnement risque de radicaliser davantage les positions, de fermer les canaux diplomatiques utiles et d’isoler la RDC sur le plan régional, alors même que la crise nécessite une approche souple, réaliste et multilatérale.

la paix n’a pas besoin d’orgueil, mais de courage politique

Réduire le débat sur le dialogue avec l’AFC/M23 à une question de lieu est une fausse fermeté, un écran de fumée qui masque l’essentiel : l’incapacité persistante de l’État à ramener durablement la paix à l’Est.

La RDC n’a pas besoin de slogans souverainistes.
Elle a besoin de résultats, de protection des civils et d’un leadership lucide, capable de dépasser l’orgueil politique pour affronter la réalité. La paix ne se négocie pas avec l’ego. Elle se construit avec responsabilité, courage et vérité.

About The Author


En savoir plus sur L'ESSENTIEL RDC

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *