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Dans de nombreuses régions en proie aux conflits, notamment dans l’est de la RDC, la paix est souvent pensée et décidée loin des réalités locales, dans des bureaux climatisés ou lors de négociations diplomatiques de haut niveau. Pourtant, sur le terrain, ce sont les communautés locales qui vivent les violences au quotidien, en subissent les conséquences et en portent durablement les cicatrices. De plus en plus de voix s’accordent aujourd’hui à reconnaître que la consolidation de la paix ne peut être durable si elle est uniquement imposée d’en haut, sans l’implication active des populations concernées. « On ne peut pas nous parler de paix sans nous écouter d’abord », confie un notable communautaire du Sud-Kivu, estimant que les solutions extérieures ignorent souvent les causes profondes des tensions.

La « paix par le bas » repose sur l’idée que les communautés locales disposent de mécanismes traditionnels, sociaux et culturels capables de prévenir et de résoudre les conflits. Conseils de sages, médiateurs communautaires, leaders religieux, femmes et jeunes jouent un rôle clé dans l’apaisement des tensions, parfois avec des moyens limités mais une connaissance fine du terrain. À Bukavu, une médiatrice communautaire explique que « quand deux familles ou deux communautés s’opposent, ce sont souvent les anciens et les mamans qui trouvent les mots justes pour calmer les esprits ». Ces initiatives locales, discrètes mais efficaces, contrastent avec certaines solutions institutionnelles perçues comme éloignées, voire déconnectées des réalités vécues.

Face à ces dynamiques locales, les solutions imposées d’en haut montrent souvent leurs limites. Accords politiques, programmes de paix standardisés ou interventions extérieures échouent parfois faute d’appropriation par les populations. Un jeune leader associatif de Kalehe regrette que « les projets de paix arrivent avec des agendas déjà ficelés, sans tenir compte de nos priorités réelles ». Cette absence de dialogue nourrit la méfiance et peut même raviver des frustrations, transformant des initiatives censées pacifier en nouvelles sources de tensions.

Reconnaître et renforcer le rôle des communautés locales ne signifie pas exclure l’État ou les partenaires internationaux, mais plutôt repenser leur approche. La consolidation de la paix durable passe par l’écoute, l’accompagnement et la valorisation des initiatives locales. « Nous n’avons pas besoin qu’on fasse la paix à notre place, mais qu’on nous aide à la construire », résume un chef de quartier de Bukavu. En misant sur la paix par le bas, les sociétés sortant des conflits peuvent espérer des solutions plus inclusives, plus légitimes et surtout plus durables, car enracinées dans la réalité quotidienne des communautés.

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