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La République démocratique du Congo n’est pas seulement éprouvée par des conflits armés, des crises politiques ou des difficultés économiques. Elle est aussi profondément blessée dans son tissu social. La défiance entre communautés, la montée des discours de haine, la fragmentation identitaire et l’instrumentalisation des différences ont fragilisé ce qui faisait la force du pays : la capacité de vivre ensemble malgré la diversité.

Reconstruire le vivre-ensemble congolais n’est donc ni un slogan ni une option morale. C’est une urgence nationale, un chantier aussi vital que la sécurité ou le développement.

D’abord, il faut réapprendre à se reconnaître comme membres d’une même nation. La RDC est une mosaïque de peuples, de langues et de cultures. Cette diversité n’est pas une menace ; elle est une richesse. Pourtant, elle est trop souvent transformée en arme politique. Le vivre-ensemble commence par le refus clair et collectif de toute stigmatisation ethnique, régionale ou communautaire.

Ensuite, la mémoire des blessures doit être traitée avec courage et responsabilité. Les violences passées, les massacres, les déplacements forcés et les injustices non réparées laissent des cicatrices durables. Faire comme si le passé n’existait pas alimente la rancœur. Reconstruire le vivre-ensemble exige des mécanismes crédibles de vérité, de justice et de réparation, afin que la douleur soit reconnue et que l’impunité ne soit plus la règle.

L’école et l’éducation civique jouent également un rôle central. On ne naît pas citoyen, on le devient. Enseigner l’histoire nationale de manière équilibrée, promouvoir les valeurs de tolérance, de solidarité et de responsabilité, former des jeunes capables de penser le bien commun plutôt que l’appartenance clanique : voilà des investissements silencieux mais décisifs pour l’avenir du pays.

Les médias et les leaders d’opinion portent une responsabilité particulière. Informer sans attiser les divisions, débattre sans humilier, dénoncer sans généraliser : le ton employé aujourd’hui façonne la cohésion sociale de demain. La parole publique doit rassembler, non fracturer.

Enfin, le vivre-ensemble ne peut se reconstruire sans justice sociale. La pauvreté extrême, le chômage massif et les inégalités nourrissent la frustration et la violence. Un État perçu comme équitable, présent et protecteur est un facteur puissant de cohésion nationale. Là où l’État recule, la méfiance progresse.

Reconstruire le vivre-ensemble congolais est une œuvre de longue haleine. Elle exige une volonté politique sincère, mais aussi l’engagement quotidien des citoyens, des familles, des écoles, des Églises, des associations et des médias. La paix durable ne se décrète pas ; elle se cultive.

Au fond, la question n’est pas de savoir si le Congo peut vivre uni. Il l’a déjà fait. La véritable question est de savoir si nous avons le courage collectif de choisir l’unité, la dignité et la fraternité comme socle de notre avenir commun.

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