
Une rencontre diplomatique de haut niveau s’est tenue le 17 janvier 2026 à Lomé, au Togo, consacrée à l’avenir de la paix dans l’est de la République démocratique du Congo et, plus largement, dans la région des Grands Lacs. À l’issue des échanges, un consensus s’est dégagé autour de la nécessité de renforcer la médiation africaine en 2026, en complément des processus conduits à Washington et à Doha. Mais derrière cette volonté affichée, deux interrogations majeures persistent : quels moyens réels cette médiation peut-elle mobiliser ? Et est-elle en mesure, cette fois, d’infléchir durablement le cours d’un conflit qui s’enlise ?
La réunion de Lomé, dédiée à la cohérence et à la consolidation des initiatives de paix, a réuni des acteurs régionaux et internationaux autour d’un objectif commun : sortir de l’impasse diplomatique. Les participants ont confirmé le maintien des cinq co-facilitateurs africains, tous anciens chefs d’État, chargés d’incarner une réponse africaine à une crise souvent jugée trop dépendante des agendas extérieurs. Pourtant, l’enthousiasme est resté mesuré, tant les précédentes tentatives ont peiné à produire des résultats tangibles sur le terrain.
Deux absences notables ont marqué cette rencontre. Ni Mohammed al-Khulaifi, ministre d’État aux Affaires étrangères du Qatar, ni Massad Boulos, conseiller principal de Donald Trump pour l’Afrique, n’étaient présents à Lomé. Doha était toutefois représenté par Ahmed Essa al-Sulaiti, tandis que Washington avait dépêché Keith R. Gilges, directeur du bureau des Affaires de l’Afrique centrale. Pour plusieurs observateurs, ce niveau de représentation traduit une volonté claire : placer les acteurs africains devant leurs responsabilités, eux qui dénoncent régulièrement des médiations occidentales perçues comme trop transactionnelles.
Sur le fond, les discussions ont convergé vers un même diagnostic. Les participants ont appelé à relancer les négociations sur les six protocoles encore en suspens de l’accord-cadre de Doha et à reprendre les réunions du processus de Washington. Mais au-delà des textes et des calendriers, un constat s’impose : ce qui fait défaut aujourd’hui, ce n’est pas l’accumulation d’initiatives, mais l’application effective des engagements déjà pris. C’est précisément sur ce terrain que la médiation africaine est attendue.
Les facilitateurs africains disposent désormais d’un secrétariat conjoint indépendant, censé améliorer la coordination et la fréquence des échanges. Une avancée institutionnelle, certes, mais insuffisante pour peser réellement sur les dynamiques du conflit. Faute de mécanismes de contrainte ou de dissuasion, cette médiation repose essentiellement sur l’influence personnelle des médiateurs, leurs réseaux politiques et leur connaissance du terrain. Des atouts réels, mais limités face à des acteurs armés et étatiques rompus aux jeux de rapports de force.
Pour Fred Bauma, directeur exécutif d’Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, le bilan reste maigre. « Depuis la nomination du panel des facilitateurs, il n’y a eu aucune avancée majeure », observe-t-il, soulignant que les initiatives se sont jusqu’ici limitées à quelques visites sans réelle capacité de rassemblement autour d’une table de négociation. Cette impression d’attentisme fragilise la crédibilité même de la médiation africaine.
L’analyste insiste sur un point clé : la force relative des processus de Washington et de Doha réside dans leurs leviers. « Ces acteurs disposent de moyens financiers, politiques, voire sécuritaires, qui leur permettent d’exercer une pression sur les parties impliquées », explique-t-il, estimant que les initiatives africaines gagneraient à s’articuler davantage avec ces dynamiques plutôt qu’à évoluer en parallèle. Autrement dit, la complémentarité pourrait être plus efficace que la concurrence diplomatique.
En décembre, la RDC et le Rwanda ont signé à Washington un accord de paix sous l’égide du président américain Donald Trump. Dans le même temps, Kinshasa et le groupe politico-militaire AFC/M23 ont engagé des discussions à Doha, débouchant sur une déclaration conjointe de cessez-le-feu en juillet. Mais sur le terrain, les combats se sont poursuivis, chaque camp accusant l’autre de violations répétées. Ce décalage entre engagements diplomatiques et réalités sécuritaires illustre l’ampleur du défi.
À Lomé, la médiation africaine a donc réaffirmé ses ambitions. Reste à savoir si elle saura transformer cette volonté politique en actions concrètes et crédibles. Car dans l’est de la RDC, la paix ne se décrète plus : elle se construit, au prix d’une pression constante, d’une coordination sans faille et d’une application rigoureuse des promesses faites. L’avenir des processus de paix dépendra, une fois encore, de cette capacité à passer des paroles aux actes.
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