antenne réseaux communication
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Dans l’Est de la RDC, où les conflits armés et les violences communautaires font partie du quotidien, la téléphonie mobile n’est pas un simple outil de confort. Elle est un instrument vital d’alerte précoce, un lien fragile mais essentiel entre les villages, les familles, les leaders communautaires et les services de sécurité. Pourtant, les coupures intempestives des réseaux téléphoniques, souvent imposées sans communication préalable ni explication claire, plongent des milliers de citoyens dans un silence lourd de conséquences. Ce silence n’est pas neutre : il désarme les communautés face au danger et fragilise gravement les mécanismes locaux de prévention des conflits.

Dans plusieurs territoires du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, les habitants racontent comment les coupures de réseau ont précédé ou accompagné des épisodes de violences. « Quand le réseau est coupé, on ne sait plus ce qui se passe dans le village voisin. Les rumeurs prennent le dessus et la peur s’installe », témoigne un chef de localité de Kalehe. Sans appels, sans messages, sans groupes WhatsApp communautaires, les alertes sur les mouvements suspects, les incursions armées ou les tensions intercommunautaires n’atteignent plus ceux qui pourraient agir à temps. Les comités locaux de sécurité, pourtant mis en place pour anticiper les crises, se retrouvent paralysés.

La situation est d’autant plus préoccupante que ces coupures sapent la confiance entre les populations et les autorités. Pour beaucoup, elles donnent l’impression que la sécurité est gérée depuis les bureaux, loin des réalités du terrain. « On nous parle de prévention, mais on nous enlève le principal moyen de prévenir », s’indigne une actrice de la société civile à Bukavu. Des jeunes leaders communautaires dénoncent une mesure contre-productive : « Couper le réseau, c’est couper la capacité des citoyens à se protéger eux-mêmes ». Au lieu d’apaiser les tensions, le silence numérique alimente la suspicion, l’angoisse et parfois des réactions violentes face à l’inconnu.

Plus alarmant encore, les coupures téléphoniques exposent directement les populations les plus vulnérables. Femmes, enfants, personnes âgées ou déplacés internes perdent la possibilité de lancer un appel à l’aide ou de se réfugier à temps. « Lors de la dernière coupure, nous avons fui trop tard parce que personne n’a pu nous prévenir », confie une mère déplacée à Minova. Face à ce constat, de nombreuses voix s’élèvent pour exiger une révision urgente des pratiques. Experts en sécurité, leaders communautaires et défenseurs des droits humains appellent à des solutions équilibrées, où les impératifs sécuritaires ne se feraient plus au détriment du droit fondamental à la communication. Car dans une région en crise, couper le réseau, c’est parfois couper la dernière chance de prévenir l’irréparable.

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