
En RDC, la défiance entre citoyens et autorités locales s’est installée comme un mal silencieux mais profondément corrosif. Elle se nourrit des promesses non tenues, de la faiblesse des services publics, de la persistance de l’insécurité et d’un sentiment largement partagé d’abandon par l’État.
« On nous promet des routes, des écoles et des centres de santé, mais rien n’avance. On finit par se demander à quoi sert le gouvernement », confie Marie, enseignante à Bukavu.
Dans plusieurs territoires et communes, cette rupture de confiance transforme la moindre décision administrative en source de tension, alimente les rumeurs et crée un terrain fertile aux conflits communautaires.
« Quand le chef de quartier prend une décision sans consulter personne, c’est la guerre dans nos esprits », ajoute Jean-Bosco, commerçant à Kalehe.
Lorsqu’un citoyen ne croit plus à l’impartialité ni à la capacité protectrice de l’autorité, il cherche ailleurs parfois dans la rue ou auprès d’acteurs informels des réponses à ses frustrations.
« On ne peut plus attendre les autorités, alors on se débrouille nous-mêmes pour organiser la sécurité de notre quartier », raconte Esther, habitante de Mwenga.
Ce déficit de confiance trouve ses racines dans une gouvernance souvent perçue comme distante et peu transparente. Les populations reprochent aux autorités locales de ne pas suffisamment consulter, d’imposer des décisions sans explication et de n’apparaître que lors des périodes de crise ou de mobilisation politique.
« Ils ne viennent nous voir que lorsqu’ils ont besoin de votes ou d’argent. Le reste du temps, on ne sait même pas qui décide pour nous », déplore un chef de cellule à Fizi.
À cela s’ajoute l’impunité face à certains abus, qui renforce l’idée que la loi ne s’applique pas de la même manière à tous. Dans un contexte déjà fragilisé par les conflits armés, la pauvreté et les déplacements de populations, cette perception creuse un fossé dangereux entre gouvernants et gouvernés.
« Je n’ai plus confiance à personne, je me sens abandonné », confie Samuel, père de famille à Uvira.
Pourtant, reconstruire la confiance n’est ni un luxe ni une utopie : c’est une nécessité pour prévenir durablement les conflits au Sud-Kivu. Cela commence par une gouvernance de proximité, fondée sur l’écoute et le dialogue permanent.
« Lorsque nous avons pu discuter directement avec nos chefs, on a senti que nos problèmes étaient pris en compte », témoigne Alice, animatrice communautaire à Idjwi.
Les cadres de concertation communautaire, lorsqu’ils sont sincères et inclusifs, permettent de désamorcer les tensions avant qu’elles ne dégénèrent. La transparence dans la gestion des ressources locales, l’accès à l’information et la redevabilité des autorités sont également des leviers puissants pour restaurer la crédibilité de l’action publique.
« Il faut que tout le monde voie où va l’argent public, sinon personne ne croira jamais à la justice », souligne un représentant local.
Les citoyens, de leur côté, ont aussi un rôle essentiel à jouer. La participation active aux réunions communautaires, le contrôle citoyen de l’action publique et le refus de la violence comme mode d’expression renforcent le vivre-ensemble. Les leaders communautaires, les jeunes, les femmes et les médias locaux peuvent servir de ponts entre la population et l’administration, en favorisant une communication responsable et en luttant contre la désinformation.
« Nous, les jeunes, essayons de relayer les informations fiables pour éviter que la rumeur ne divise nos quartiers », explique David, animateur d’un groupe de jeunes à Walungu. La confiance ne se décrète pas : elle se construit patiemment, à travers des actes concrets et cohérents.
Au Sud-Kivu, prévenir les conflits passe donc par un pacte moral renouvelé entre citoyens et autorités locales. Un pacte basé sur le respect mutuel, la justice, la transparence et la participation. Dans une province marquée par des décennies de crises, reconstruire la confiance est sans doute l’un des chantiers les plus urgents et les plus porteurs d’espoir pour bâtir une paix durable et partagée.
« Si nous parvenons à nous entendre, à écouter et à respecter chacun, alors la paix pourra enfin s’installer », conclut Léon, ancien chef coutumier à Shabunda.
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