
La ville de Bukavu connaît depuis quelque temps une circulation étonnamment fluide, de jour comme de nuit. Les embouteillages interminables qui paralysaient autrefois les grands axes se sont nettement raréfiés, offrant aux usagers un gain de temps appréciable. Cependant, derrière cette apparente amélioration se cache une réalité préoccupante : le comportement de certains chauffeurs de transport en commun laisse à désirer et remet au goût du jour le débat sur la sécurité routière et le contrôle technique des véhicules.
Les accidents de la route, bien que souvent isolés, semblent reprendre du poil de la bête. Pour l’ingénieur en transport urbain Patient, la baisse des embouteillages ne doit pas conduire à une conduite imprudente ou anarchique.
Une illustration tragique de cette dérive s’est produite le 8 janvier 2026 au quartier Nyalukemba, dans la commune d’Ibanda. Une voiture taxi de marque Probox, remontant l’avenue de la Montagne, a violemment percuté une vendeuse ambulante de balais qui marchait sur le trottoir, non loin de la salle des conférences Rio. Le véhicule ne roulait ni trop vite ni trop lentement, mais zigzaguait dangereusement sur cette chaussée secondaire pourtant très fréquentée par les piétons.
Pour Clarisse, sociologue urbaine, « le zigzag sur la route traduit souvent un manque de contrôle technique ou une fatigue du conducteur ». Elle estime que ce genre de comportement met directement en danger les usagers vulnérables, notamment les vendeurs ambulants et les piétons, très nombreux dans les quartiers résidentiels.
Pris de panique après l’impact, le chauffeur a accéléré avant de terminer sa course une cinquantaine de mètres plus loin, en percutant violemment un arbre sur le trottoir, juste en face du bureau de l’avenue de la Montagne, dans l’enclos d’un réservoir d’eau de la Regideso. Le choc l’a laissé inconscient durant près d’un quart d’heure avant son évacuation vers l’hôpital. Pour un médecin urgentiste qui a requis l’anonymat, « les accidents urbains à faible allure peuvent être aussi graves que ceux à grande vitesse, surtout lorsque le véhicule est défaillant ».
La vendeuse de balais, quant à elle, a perdu connaissance après sa chute sur le pavé. Bien qu’elle ne présentait ni blessure visible ni lésion apparente, elle éprouvait de grandes difficultés à se relever et à parler. Aidée par des passants de bonne volonté, elle a été raccompagnée jusqu’à son domicile à Maria Kachelewa, au quartier Panzi. Chantal Iragi, une habitante de la ville de Bukavu souligne : « La solidarité des habitants est admirable, mais elle ne doit pas masquer la responsabilité des conducteurs et des autorités ».
Cet accident a ravivé les langues dans la ville. Pour le mécanicien automobile expert Jean-Claude, « beaucoup de taxis roulent sans contrôle technique régulier, avec des systèmes de freinage et de direction défectueux ». Un appel clair est ainsi lancé pour que la fluidité retrouvée de la circulation s’accompagne enfin d’une culture de responsabilité et de sécurité sur les routes de Bukavu.
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