
À lire certains communiqués et analyses flatteuses, la RDC aurait vécu en 2025 une sorte de miracle monétaire. Franc congolais « historique », inflation « maîtrisée », Banque centrale « crédible », gouverneur « visionnaire ». Le tableau est si lisse qu’il en devient suspect. Car derrière cette autosatisfaction institutionnelle se cache une réalité autrement plus rugueuse : celle d’un pays où la stabilité proclamée des chiffres ne change presque rien à la précarité quotidienne des populations.
Présenter un taux de change sous la barre des 2.200 CDF pour un dollar comme une victoire éclatante relève davantage de la communication politique que de l’analyse économique sérieuse. Depuis quand la vie chère en RDC se mesure-t-elle uniquement à l’évolution du marché de change ? Dans les marchés de Kinshasa, de Goma ou de Bukavu, les prix des denrées de base continuent de grimper, les loyers restent hors de portée et le transport pèse toujours aussi lourd sur des ménages déjà asphyxiés. La « détente des prix » vantée ressemble davantage à un slogan qu’à une expérience vécue.
Quant à l’inflation affichée à 2,3 %, elle frôle l’indécence intellectuelle dans un pays où une grande partie de l’économie est informelle et où les mécanismes de collecte des données restent fragiles. À quoi sert une inflation « contenue » sur le papier lorsque les revenus stagnent, que les salaires des fonctionnaires arrivent en retard et que le pouvoir d’achat réel continue de s’éroder ? Une inflation basse sans croissance inclusive ni redistribution n’est qu’un chiffre décoratif, bon pour les rapports, inutile pour les foyers.
La glorification du gouverneur de la Banque centrale et de sa « rigueur technique » achève de transformer cette analyse en exercice de culte de la personnalité. La politique monétaire, aussi disciplinée soit-elle, ne peut à elle seule compenser l’absence de réformes structurelles, la corruption endémique, l’insécurité persistante et la dépendance chronique aux matières premières. Faire croire que la BCC est devenue l’« ancre de stabilité » du pays relève d’une exagération dangereuse, tant l’économie congolaise reste vulnérable aux chocs politiques et budgétaires.
La dollarisation, présentée comme « en recul », demeure pourtant le réflexe quotidien des Congolais eux-mêmes, qui continuent de faire davantage confiance au billet vert qu’à leur propre monnaie. Ce simple fait devrait tempérer toute euphorie officielle. Une monnaie ne gagne pas sa crédibilité par des communiqués optimistes, mais par la confiance populaire, la régularité des politiques publiques et l’amélioration concrète des conditions de vie.
En définitive, l’année 2025 n’a peut-être pas été celle d’un franc congolais « ressuscité », mais plutôt celle d’un récit bien emballé, soigneusement construit pour masquer les failles persistantes de la gouvernance économique. Tant que la stabilité monétaire ne se traduira pas par des assiettes mieux garnies, des salaires décents et des services publics fonctionnels, elle restera un succès d’élite, déconnecté du vécu des Congolais. Et cela, aucune courbe de change ne pourra le dissimuler.
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