
Londres durcit le ton. Faute d’accord avec Kinshasa sur le retour des migrants en situation irrégulière, le Royaume-Uni resserre l’accès aux visas pour les Congolais. Une décision lourde de conséquences, qui fait grincer des dents et réveille les peurs d’une rupture diplomatique.
Le couperet est tombé après des semaines de tractations infructueuses. Le gouvernement britannique a décidé de renforcer les conditions d’octroi de visas aux ressortissants de la RDC, estimant que les engagements attendus n’ont pas été respectés. Les procédures accélérées disparaissent, tout comme le traitement préférentiel autrefois accordé à certaines élites. « On nous punit collectivement pour un désaccord entre États », s’indigne un étudiant congolais à Londres. À Kinshasa, un cadre associatif soupire : « C’est un signal politique dur, qui frappe d’abord les citoyens ordinaires. »
Dans un communiqué du Home Office, Londres pointe l’absence d’ajustements exigés depuis le durcissement des règles d’asile annoncé en novembre. La ministre de l’Intérieur, Shabana Mahmood, hausse le ton et prévient : si la coopération ne s’améliore pas, la suspension totale des visas n’est plus un tabou. « Nous attendons des pays qu’ils respectent les règles. S’ils n’ont pas le droit d’être ici, ils doivent reprendre leurs citoyens », a-t-elle martelé. Réaction immédiate côté congolais : « La menace est disproportionnée et risque d’envenimer les relations », confie un diplomate sous couvert d’anonymat.
Selon les autorités britanniques, les retours vers la RDC butent sur des lenteurs administratives et des exigences documentaires jugées contraignantes, malgré un « certain engagement » reconnu à Kinshasa. « On nous demande des papiers impossibles à fournir dans des délais irréalistes », déplore un migrant concerné. Pendant ce temps, Londres brandit l’exemple de l’Angola et de la Namibie, salués pour avoir renforcé la reprise de leurs ressortissants après des avertissements similaires. « La pression fonctionne », assure un responsable britannique.
Cette fermeté s’inscrit dans une réforme plus large du système d’asile au Royaume-Uni : statut de réfugié temporaire, fin de l’hébergement garanti, voies d’entrée « sûres et légales » sous quotas. La ministre des Affaires étrangères, Yvette Cooper, revendique des résultats : plus de 50 000 personnes renvoyées depuis juillet dernier, soit +23 %. Mais pour de nombreux Congolais, l’angoisse domine. « Nos projets d’études, de soins ou de regroupement familial sont suspendus », lâche une mère de famille. Entre exigences sécuritaires et coûts humains, le bras de fer Londres-Kinshasa laisse planer l’ombre d’un isolement aux conséquences imprévisibles.
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