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À lire la note de conjoncture de la Banque centrale du Congo consultée samedi par L’Essentiel RDC, la République démocratique du Congo donnerait presque l’illusion d’un État qui tient debout. 1.528,7 milliards de francs congolais de recettes publiques mobilisées au 18 décembre 2025 : le chiffre claque, rassurant en apparence, comme une vitrine bien éclairée. Mais derrière ce rideau statistique soigneusement dressé, la réalité économique du pays reste sombre, brutale et profondément injuste. Car ces milliards, brandis comme un trophée, ne racontent ni la souffrance quotidienne des citoyens, ni l’inefficacité chronique de la gestion publique.

Dans le détail, la mécanique fiscale apparaît d’une banalité inquiétante. La DGI fournit 751,3 milliards de CDF, la DGDA 385,6 milliards, et la DGRAD 101,7 milliards. Autrement dit, l’État continue de presser les mêmes contribuables, les mêmes entreprises asphyxiées, les mêmes circuits commerciaux fragilisés. Rien n’indique une transformation structurelle de l’économie, encore moins une diversification des sources de revenus. La RDC ne crée pas de richesse nouvelle : elle recycle la contrainte fiscale, au détriment d’un secteur privé déjà à bout de souffle et d’une population majoritairement pauvre.

Mais le plus choquant n’est pas tant la faiblesse qualitative des recettes que leur engloutissement méthodique dans des dépenses improductives. Sur 1.579,0 milliards de CDF de dépenses559,2 milliards partent dans la rémunération des agents et fonctionnaires, 357,9 milliards dans le fonctionnement des institutions, et 120,9 milliards dans les rétrocessions. Où sont les investissements massifs dans l’éducation, la santé, l’agriculture, les routes, l’électricité ? Où est la dépense qui transforme la vie du citoyen ? L’État dépense pour se faire fonctionner lui-même, pas pour développer la nation.

Le tableau devient carrément alarmant lorsqu’on observe le cumul annuel. Un déficit abyssal de 4.110,6 milliards de CDF au 30 novembre 2025, résultant de 30.452,8 milliards de dépenses contre 26.342,1 milliards de recettes. Voilà la vérité nue : la RDC vit au-dessus de ses moyens, sans stratégie claire, sans discipline budgétaire crédible. Ce déficit n’est pas un accident conjoncturel ; il est le symptôme d’un système qui consomme plus qu’il ne produit, qui promet plus qu’il ne finance, qui parle de rigueur mais pratique la fuite en avant.

Pendant que les communiqués s’alignent et que les tableaux Excel rassurent les salons feutrés, le franc congolais s’érode, les prix flambent, le pouvoir d’achat s’effondre. Les milliards annoncés ne se traduisent ni en salaires décents, ni en services publics dignes, ni en perspectives d’avenir pour la jeunesse. Ils restent coincés dans les tuyaux d’un État obèse, centralisé, et incapable de convertir l’impôt en progrès social.

En définitive, ces chiffres ne sont pas ceux d’une réussite, mais ceux d’une gestion comptable sans vision, d’un État qui confond mobilisation des recettes et développement, équilibre budgétaire et justice sociale. Tant que les finances publiques serviront d’abord à entretenir l’appareil étatique plutôt qu’à soulager la population, les milliards de la RDC resteront des nombres froids, sans âme, et sans impact réel sur la vie des Congolais.

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