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Face à l’afflux massif de populations déplacées par les combats à Fizi et au départ de nombreuses organisations humanitaires frappées par les coupes budgétaires internationales, Médecins Sans Frontières (MSF) a lancé deux opérations d’urgence pour lutter simultanément contre le paludisme et le choléra. Entre août et novembre, les équipes basées à Baraka et Lweba ont pris en charge 19 000 cas de paludisme et, en seulement huit semaines, ont traité 652 patients atteints du choléra.

Une recrudescence inquiétante du paludisme

Avec le retour des pluies, Baraka et les villages environnants voient proliférer les moustiques, relançant une épidémie de paludisme qui frappe de plein fouet enfants et adultes. Parmi les victimes, Aline, mère de cinq enfants, vit dans un camp de fortune à Mulongwe. Dans l’hôpital de Baraka, sa fille Adelphine lutte contre la maladie. « Nous n’avons pas assez à manger car nous n’avons plus accès à nos champs à cause du conflit. La terre, notre seule ressource, nous a été arrachée », confie-t-elle.

Dans cette région où la lutte contre le paludisme est sous-financée depuis des années, MSF a mis en place cinq Points paludisme pour tester et traiter rapidement les patients. Le ministère de la Santé n’ayant mené aucune activité de prévention depuis trois ans, les moustiquaires se font rares et les récentes coupes internationales ont affaibli le Programme national de lutte contre le paludisme. MSF se retrouve désormais principal fournisseur d’antipaludiques.

Des déplacés difficilement accessibles

La violence armée complique davantage l’accès aux soins pour des dizaines de milliers de déplacés. Les affrontements opposant les FARDC et les milices Wazalendo aux Twigwaneho, branche armée des Banyamulenge, ont intensifié un conflit interethnique ancien. Dans les Hauts-Plateaux surplombant Baraka, 57 000 personnes vivent encerclées par des groupes armés, rendant tout accès humanitaire impossible. Plus de 20 000 autres se sont réfugiées à Baraka, où se rendre dans un centre de soins est un parcours semé d’embûches : manque de moyens de transport, fatigue extrême, et surtout une multitude de checkpoints tenus par des groupes armés.

« Je suis très inquiète pour tous ces gens qui ne parviennent pas à atteindre nos soins. Ils craignent de traverser les checkpoints », explique Maria Santo, responsable médicale du projet. « Nous recevons des patients déjà dans un état grave parce qu’ils ont mis trop de temps à venir. Récemment, un enfant de trois ans est arrivé à pied avec sa grand-mère depuis Bibokoboko, après 20 km de marche. » MSF prévoit l’installation de cinq nouveaux Points paludisme pour rapprocher les soins des populations isolées.

Des défis logistiques immenses

La saison des pluies transforme de longs tronçons de la route du littoral du lac Tanganyika en zones inondées, coupant l’axe Bukavu–Uvira et compliquant davantage les déplacements vers Fizi. Certaines zones situées après Fizi, où se concentrent les déplacés, sont tout simplement inaccessibles. Les lignes de front mouvantes empêchent aussi tout transport direct de matériel depuis Bukavu : MSF est contrainte d’acheminer ses fournitures via le Rwanda, la Tanzanie et le Burundi, rallongeant de plusieurs jours l’arrivée de médicaments vitaux, dont les antipaludiques et les kits pour le choléra.

Une épidémie de choléra désormais contrôlée

Le choléra frappe lui aussi les populations privées d’eau potable. « Mon fils de deux ans s’est mis à vomir et avait une diarrhée sévère », raconte Bokumba Fataki, devant le centre de traitement de Baraka. « Nous buvons l’eau du lac. L’eau du robinet existe, mais elle est très rare. » Cette absence d’accès à une eau sûre est un facteur majeur de l’épidémie.

« Le problème, c’est l’eau », souligne le Dr Christian Rajabu, médecin au centre soutenu par MSF. « Beaucoup n’ont pas d’autre choix que de puiser dans le lac ou les rivières. Les infrastructures sanitaires sont insuffisantes et les gestes d’hygiène, comme le lavage des mains, restent méconnus. »

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