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La capitale Bissau plongée dans le silence, les rues désertes, l’armée aux commandes : le général Horta N’Tam a été investi président de la transition pour un an, après une prise de contrôle totale du pays. Entre arrestations de figures politiques et inquiétude internationale, la Guinée-Bissau vit ses heures les plus sombres.


Le général Horta N’Tam, jusqu’ici chef d’état-major de l’armée de terre, a officiellement prêté serment ce jeudi 27 novembre en tant que président de la transition et du Haut commandement militaire. « Je viens d’être investi pour assurer la direction du Haut commandement », a-t-il déclaré lors d’une cérémonie sobre, sans hymne national, dans une salle de conférence de l’état-major, haut lieu stratégique situé près du port de Bissau. Ce proche du président sortant Umaro Cissoko Embalo, promu major général sous son mandat, se retrouve désormais à la tête du pays pour une période de douze mois.

Les arrestations se multiplient. Umaro Cissoko Embalo reste détenu au siège de l’état-major, tandis que l’opposant historique Domingos Simoes Pereira a été arrêté mercredi et placé dans un commissariat du centre-ville. Fernando Diaz de Costa, principal challenger à la présidentielle, a quant à lui pu contacter les médias depuis sa cachette. « Je suis en sécurité, mais la situation est critique », confie-t-il à RFI. Selon la Ligue des droits de l’homme, huit autres personnalités de l’opposition ainsi que cinq magistrats ont été arrêtés, paralysant toute surveillance indépendante du scrutin.

Dans une brève allocution d’une dizaine de minutes, le général Horta N’Tam a justifié la manœuvre militaire en invoquant la menace des narcotrafiquants et un « effort commun » pour protéger le pays. Il a annoncé la réouverture immédiate des frontières, espérant montrer un semblant de normalité. Mais cette assurance peine à rassurer la population, partagée entre peur et incompréhension.

La capitale Bissau est figée. Les commerces restent fermés, les rues sont désertes et la circulation strictement contrôlée par des patrouilles militaires. « Même si le couvre-feu est officiellement levé, nous n’osons pas sortir », confie Mariama, une commerçante du centre-ville. Les habitants peinent à communiquer : internet est instable et les appels téléphoniques quasi impossibles. « Nous avons l’impression d’être coupés du monde », ajoute un étudiant rencontré près du port.

Face à cette situation, le parti PAIGC appelle ses partisans à se rassembler devant le ministère de l’Intérieur pour réclamer la libération de Domingos Simoes Pereira. Pour l’heure, les informations sur la mobilisation restent floues, et les rues autour du palais présidentiel restent sous contrôle militaire strict. Eva Massy, envoyée spéciale à Bissau, rapporte que « la peur domine et les habitants préfèrent rester chez eux plutôt que d’affronter les patrouilles ».

Sur le plan international, la réaction est rapide et sévère. La Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a condamné fermement ce coup d’État, le qualifiant de « menace directe pour la stabilité du pays et de la région » et de « grave violation de l’ordre constitutionnel ». Dans ce climat de tension extrême, la Guinée-Bissau entre dans une période incertaine, où chaque journée pourrait remodeler l’avenir politique du pays.

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