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Edito

Le processus de paix de Doha, censé ouvrir une ère d’espoir pour la RDC, s’est transformé en un spectacle d’illusions et de faux-semblants orchestré par Kinshasa. Derrière les effets d’annonce, la confusion règne, et le peuple congolais, une fois de plus, assiste impuissant à la mise en scène d’une diplomatie de façade.

Doha devait être le tournant historique de la paix dans l’Est de la République démocratique du Congo. Ce fut finalement un naufrage diplomatique, un vacarme inutile, une répétition de promesses sans lendemain. Kinshasa, qui claironnait avec assurance la fin imminente de la guerre, s’est engluée dans ses propres contradictions. De la victoire annoncée à la cacophonie, le chemin fut court. Et au milieu de ce tumulte, c’est la crédibilité de l’État congolais qui s’effrite un peu plus chaque jour.

Tout a commencé par une communication triomphaliste, à la limite de l’arrogance : “La guerre prendra fin dans les prochains jours”, proclamait-on à Kinshasa. Le pays tout entier retenait son souffle. Mais le jour venu, la montagne a accouché d’une souris. L’accord global promis n’a jamais été signé. Prétexte invoqué : le Rwanda n’aurait pas encore retiré ses troupes. “C’est la logique de l’alibi”, dirait Machiavel. Car pendant que Kinshasa brandit cet argument pour détourner l’attention, le processus de Doha s’enlise dans un marécage politique où l’improvisation le dispute à la duplicité.

Là où l’on attendait de la clarté, Kinshasa a choisi la confusion. Là où la diplomatie devait apaiser, elle a préféré provoquer. Les déclarations à l’emporte-pièce se succèdent, incohérentes, parfois contradictoires, traduisant une stratégie du désordre. Le philosophe Albert Camus écrivait : « Nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » Kinshasa, elle, semble avoir choisi de ne plus nommer les choses, mais de les dissimuler derrière des slogans martiaux et des effets d’annonce.

Derrière cette agitation verbale se cache un calcul politique grossier : gagner du temps, détourner l’attention, préparer l’opinion à l’idée d’un “glissement” institutionnel. Car à l’horizon 2028, la législature s’achève. Et l’exécutif semble prêt à se réfugier derrière l’excuse commode de la guerre pour prolonger son règne sous couvert de patriotisme. “Rien ne sert de gouverner si c’est pour durer sans honneur”, aurait pu dire Montesquieu. Mais à Kinshasa, l’honneur n’est plus la priorité : seul compte le maintien du pouvoir.

Pendant ce temps, le pays s’enfonce dans le chaos ordinaire. Les routes se désagrègent, les hôpitaux agonisent, les écoles ferment, les libertés publiques reculent. Les finances publiques, elles, saignent à blanc sous le poids d’une guerre sans issue. Le peuple congolais, fatigué, désabusé, n’attend plus rien d’un pouvoir qui promet beaucoup et agit peu. “La confiance est morte, et avec elle l’espérance”, murmure-t-on dans les rues de Bukavu, Goma ou Kinshasa.

Le processus de Doha, loin d’incarner une solution, symbolise désormais la faillite d’un État prisonnier de ses illusions et de sa propre rhétorique. Il n’y a pas d’impasse à Doha — il y a une impasse à Kinshasa. Tant que la capitale congolaise préférera le verbe creux à l’action concrète, la diplomatie congolaise restera un théâtre d’ombres où l’on joue la paix pendant que la guerre continue de dévorer le pays.

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