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Dans les rues de Bukavu, l’insalubrité n’est plus un simple problème urbain. Elle menace la santé des familles, ravage l’environnement et défigure les quartiers. À l’intérieur des ménages, entre improvisation et lassitude, les habitants cherchent des solutions pour éviter que leurs déchets ne deviennent un poison quotidien.

Dans plusieurs maisons de Kadutu, Ibanda et Bagira, la gestion des déchets ressemble à une lutte permanente. Les familles manquent de poubelles adaptées, les sacs se déchirent rapidement et les collecteurs ne passent pas régulièrement. Assise devant sa parcelle envahie de sachets plastiques, Chantal, mère de quatre enfants, confie : « On fait ce qu’on peut. Parfois, les déchets s’accumulent et attirent les mouches ». Son témoignage reflète la frustration d’une majorité qui éprouve des difficultés dans une ville qui ne cesse de produire des tonnes de détritus chaque jour.

Dans certaines parcelles, l’odeur des déchets brûlés se mélange à la fumée qui s’échappe des foyers. Beaucoup de ménages adoptent encore la combustion pour se débarrasser de leurs ordures, une pratique nocive pour l’air déjà saturé. Dieudonné, un habitant du quartier, reconnaît : « On brûle les déchets parce qu’on n’a pas d’autre choix. On sait que c’est mauvais, mais que faire quand les déchets s’accumulent ? » Les experts en environnement alertent depuis des années sur les conséquences respiratoires et climatiques de cette méthode archaïque.

Chaque jour, certains habitants cherchent à s’organiser, parfois avec des solutions artisanales. À Essence-Major Vangu, une petite initiative locale montre que la mobilisation est possible. Grâce aux efforts d’un groupe de jeunes, quelques ménages ont commencé à trier le plastique du reste des déchets. L’un des membres, Patrick, explique : « Nous avons montré aux parents comment séparer le plastique. Si chacun trie chez lui, on réduit déjà de moitié ce qui part dans la nature ». Une lueur d’espoir dans un océan d’insalubrité.

Le manque d’infrastructures publiques reste pourtant le plus grand obstacle. Dans plusieurs quartiers, les avenues n’ont pas de points de dépôt, ce qui pousse les habitants à jeter dans les ravins ou au bord du lac Kivu. L’ingénieure environnementaliste Clarisse Baku alerte : « Tant qu’on ne mettra pas en place un réseau fonctionnel de précollecte dans les ménages, la ville restera sale. Les déchets ménagers sont la première source de pollution à Bukavu ». Elle souligne aussi la nécessité d’un partenariat entre mairie, associations et familles pour un changement durable.

Au fil des discussions, un mot revient : la sensibilisation. Beaucoup ignorent encore les dangers environnementaux et sanitaires liés à la mauvaise gestion des ordures. À Kasha, un père de famille, Mupe, témoigne : « On ne nous apprend rien. On ne sait pas exactement comment gérer les déchets, on copie ce qu’on voit ». Pourtant, plusieurs ONG tentent de former les ménages à des pratiques plus responsables, mais les interventions restent insuffisantes face à l’ampleur du problème.

Pourtant, malgré la pollution, la fumée, les moustiques et les ravins remplis de détritus, les habitants de Bukavu ne baissent pas les bras. Comme le résume Nadège, vendeuse au marché de Nyawera : « Si la ville ne vient pas nous aider, nous-mêmes devons commencer. C’est notre santé, c’est notre environnement ». Entre initiatives citoyennes, besoin crucial de structures publiques et volonté d’agir, la ville peut encore espérer respirer. Une certitude demeure : la lutte contre l’insalubrité commence d’abord dans chaque ménage, là où naissent les premiers gestes qui peuvent sauver Bukavu.

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