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À Bissau, la journée a basculé dans la stupeur. Le président sortant, Umaro Sissoco Embaló, affirme avoir été arrêté en plein cœur du palais présidentiel, tandis que des tirs nourris secouaient la capitale. À la veille de la proclamation des résultats officiels de l’élection, le pays replonge dans l’inconnu, entre accusations, rivalités et spectre d’une nouvelle crise post-électorale.

La nouvelle est tombée comme un coup de tonnerre : Umaro Sissoco Embaló, président sortant de la Guinée-Bissau, assure avoir été interpellé à midi TU dans son propre bureau, au palais présidentiel. « Ils sont entrés sans prévenir. Je n’ai opposé aucune résistance », aurait-il confié à un média local qu’il a personnellement contacté. Selon ses dires, le ministre de l’Intérieur Botché Candé a également été arrêté, ainsi que les deux plus hauts responsables militaires, les généraux Biaguê Na Ntan et Mamadou Touré.

Dans un message relayé par Jeune Afrique, Embaló précise ne pas avoir été maltraité. Mais il va plus loin : il accuse le chef d’état-major de l’armée de terre d’être l’architecte d’un coup d’État. « Je sais exactement qui est derrière tout cela : c’est une tentative de confiscation du pouvoir », aurait-il déclaré. Une accusation lourde qui cristallise l’inquiétude dans un pays où l’armée reste un acteur politique omniprésent.

Ce matin, avant même que la nouvelle ne circule, RFI et l’AFP rapportaient des tirs nourris autour de la présidence et de la Commission électorale. Un habitant de la zone, encore tremblant, témoigne : « On a entendu des rafales pendant dix minutes. On s’est tous enfermés à l’intérieur, on ne savait pas ce qui se passait. » D’autres résidents décrivent un climat de sidération. « Quand j’ai vu les soldats courir, j’ai compris que quelque chose de grave se préparait », raconte un commerçant installé non loin du palais.

En début d’après-midi, le calme est revenu mais la capitale reste sous contrôle : la Garde présidentielle occupe les voies stratégiques, quadrille les accès et filtre les déplacements. Pourtant, malgré ce déploiement massif, un fait trouble demeure : le président Embaló est introuvable. « On ne sait pas où il est. Les versions divergent. Les gens ont peur que tout dérape encore », confie une source administrative jointe par téléphone.

Ces tensions éclatent dans un contexte explosif : le pays attend pour ce jeudi 27 novembre les résultats officiels de la présidentielle et des législatives tenues dimanche. Embaló, donné favori, avait dès hier soir revendiqué la victoire. Son rival direct, Fernando Dias da Costa, avait fait exactement la même chose. « Chacun se proclame gagnant… et nous, on ne sait plus qui croire », soupire un jeune étudiant rencontré dans le quartier de Bandim.

La Guinée-Bissau garde encore en mémoire les séquelles de 2019, lorsque des mois de crise avaient opposé Embaló à son adversaire Pereira, chacun revendiquant la présidence. « On a déjà vécu ça, et ça avait détruit des familles. On ne veut plus revivre ce cauchemar », murmure une mère de famille, les yeux rougis par l’angoisse.

Alors que le crépuscule tombe sur Bissau, une question hante les esprits : le pays replonge-t-il dans un nouveau cycle d’instabilité, ou s’agit-il d’un épisode isolé avant la proclamation des résultats ? Les prochaines heures seront déterminantes dans une Guinée-Bissau qui retient son souffle.

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