
Dans le quartier Nyalukemba à Bukavu, des jeunes filles absentes de l’école écument les avenues en uniforme, sous le regard parfois déplacé de leurs camarades masculins. Entre jeux innocents et gestes sexistes, ces situations mettent en lumière une réalité inquiétante : la vulnérabilité des élèves filles hors du cadre scolaire.
Tous les après-midis, les rues des plateaux, du Lac et de la Corniche se remplissent de filles en uniforme, sacs au dos, accompagnées de garçons. « On dirait qu’ils jouent à l’école dehors », confie un commerçant du quartier. Mais derrière ces scènes anodines, certains gestes révèlent une violence subtile mais persistante.
Les gestes sexistes, une réalité quotidienne
Des passants ont observé des jeunes garçons qui, sous couvert de complicité, se permettent de toucher les filles de manière déplacée. « Parfois ils leur déboutonnent les chemises ou tapotent derrière, c’est humiliant », témoigne une riveraine. Les filles, souvent gênées, oscillent entre colère et résignation.
Plusieurs élèves interrogées, préférant garder l’anonymat, racontent leur malaise : « Je n’aime pas qu’il me touche, mais si je proteste, on se moque de moi », confie l’une. Une autre ajoute : « Je fais semblant de rire, sinon ils deviennent agressifs ». Ces confidences révèlent un climat où la normalisation des attouchements est inquiétante.
Certaines filles expliquent qu’elles tolèrent ces gestes pour obtenir quelques petites largesses financières de leurs camarades. « Ce n’est pas agréable, mais je n’ai pas le choix », admet une élève de 15 ans. La précarité et le manque de soutien familial accentuent cette vulnérabilité.
Pour éviter d’être accusées de négliger l’école, certaines filles s’attardent avec leurs amis jusqu’à la fin des cours. « Si je rentre trop tôt, ma mère va croire que je n’ai pas étudié », explique une jeune fille. Ces stratagèmes exposent les élèves à des situations à risque en dehors de l’école.
Des habitants de Nguba dénoncent le laxisme dans le contrôle des jeunes dans la rue. « On voit ces filles en uniforme, mais personne ne les surveille. Les gestes sexistes sont fréquents », affirme un habitant. Les commerçants et voisins partagent le même sentiment d’impuissance.
L’impact psychologique sur les filles
Les spécialistes alertent sur les conséquences psychologiques : anxiété, peur de sortir et perte de confiance en soi. « Ces attouchements peuvent créer un sentiment d’insécurité durable », précise un psychologue local. Les filles qui subissent ces comportements risquent de voir leur quotidien scolaire et personnel affecté.
Certaines familles ignorent ces pratiques ou les minimisent. Une mère déclare : « Les garçons sont des garçons, elles doivent apprendre à se défendre ». D’autres familles tentent de sensibiliser leurs filles sur la prudence et le respect de leur corps, mais le problème reste systémique.
Des associations locales appellent à une vigilance accrue et à la mise en place de programmes de sensibilisation dans les quartiers. « Il faut enseigner aux filles et aux garçons le respect mutuel dès le plus jeune âge », insiste un animateur communautaire.
Contactées, les organisations féminines notamment l’AFEM et la coordination du consortium des 12 organisations ont préféré ne pas répondre à nos questions.
Bukavu fait face à une problématique complexe où absences scolaires et violences sexistes se mêlent. La société civile, les familles et les autorités scolaires sont interpellées pour protéger les jeunes filles, garantir leur sécurité et promouvoir un environnement scolaire et urbain respectueux et sûr.
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