
Après deux mois de vacance à la présidence de l’Assemblée nationale, la République démocratique du Congo a un nouveau leader à la chambre basse. Aimé Boji Sangara, 57 ans, disciple de Vital Kamerhe et proche du président Tshisekedi, a été plébiscité dans un scrutin attendu et largement anticipé. Sa victoire marque un tournant politique qui suscite admiration et interrogations à travers le pays.
Dans la soirée du 13 novembre 2025, l’hémicycle de l’Assemblée nationale a été le théâtre d’un moment attendu depuis plusieurs semaines. La succession de Vital Kamerhe, contraint à la démission il y a deux mois, s’est conclue par l’élection massive d’Aimé Boji Sangara. « C’était une formalité, mais aussi un symbole de stabilité pour notre majorité », confie un député de l’Union sacrée de la nation, qui a préféré rester anonyme. Avec 413 voix sur 423 votants, le candidat unique a confirmé ce que beaucoup percevaient déjà dans les rues et dans les milieux politiques : sa victoire était écrite d’avance.
Accompagné en début de soirée par une procession de militants et cadres de la majorité présidentielle, Aimé Boji a été conduit jusqu’à l’hémicycle sous les acclamations. « Nous avons voulu montrer notre soutien dès l’entrée, comme pour sceller le choix populaire », explique un membre actif de l’UNC venu du Sud-Kivu. La scène a symbolisé l’union de la majorité et la continuité du projet politique impulsé par le président Félix Tshisekedi.
Originaire du Sud-Kivu, Aimé Boji n’est pas un visage nouveau sur la scène politique congolaise. Technocrate reconnu, il accompagne Vital Kamerhe depuis plus de vingt ans. Sa carrière au sein de l’Union pour la nation congolaise (UNC) est marquée par des postes ministériels successifs et un ascensionnisme méthodique. Pour une partie de l’opinion, Boji incarne la continuité de la pensée Kamerhe tout en restant proche des cercles présidentiels.
Doublement diplômé en relations internationales et en économie du développement, il a piloté le ministère du Commerce extérieur en 2016, avant de prendre le Budget en 2021 et l’Industrie en août dernier. « C’est un homme de dossiers et de chiffres, mais aussi un politique prudent », commente un ancien collaborateur du ministère du Budget. Ses quatre reconductions au gouvernement, parfois en marge de son parti ou de son mentor, ont alimenté le débat : est-il un fidèle de Kamerhe ou un allié discret de Tshisekedi ?
À Bukavu, sa ville natale, la nouvelle de son élection a déclenché un mélange d’enthousiasme et de prudence. « Nous sommes fiers qu’un fils du Sud-Kivu occupe ce poste, mais nous savons que le vrai défi commence maintenant », confie une enseignante locale. Dans les rues de Kinshasa, des citoyens s’interrogent sur les implications pour la politique nationale : « Cela pourrait renforcer l’Union sacrée ou accentuer les tensions internes au sein de l’UNC », note un analyste politique.
Alors que la RDC s’apprête à tourner la page Kamerhe, Aimé Boji Sangara entre dans l’histoire avec un défi de taille : stabiliser l’Assemblée nationale, gérer les ambitions des députés et traduire en actes les promesses de la majorité. Dans les prochains mois, chaque décision, chaque débat, sera observé à la loupe, car le chemin entre fidélité à son mentor et allégeance présidentielle est étroit et scruté par tous.
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