
La population de l’Est de la République Démocratique du Congo suit avec attention la conférence internationale que la France organise ce jeudi 30 octobre à Paris. Cette rencontre, placée sous le signe du soutien à la paix et à la prospérité dans la région des Grands Lacs, suscite à la fois de l’espoir et de la prudence parmi les habitants des provinces meurtries par des décennies de conflits. L’objectif affiché est clair : mobiliser la communauté internationale face à l’urgence humanitaire dans l’Est de la RDC et renforcer le financement des actions de stabilisation et de développement.
Dans les rues de Bukavu, de Goma ou de Beni, les réactions sont partagées. « Nous avons trop entendu de promesses sans lendemain », soupire Béatrice, mère de cinq enfants déplacée de Rutshuru. Pour elle, cette conférence ne doit pas être une vitrine diplomatique de plus, mais un véritable tournant. D’autres, comme Justin, enseignant à Goma, y voient un signe d’espérance : « Si la France et d’autres partenaires décident enfin d’agir ensemble, peut-être que la paix cessera d’être un rêve pour nos enfants. » Ces voix traduisent une attente profonde : celle d’une action concrète, rapide et durable.
Cette conférence de Paris se veut différente des précédentes. Outre l’aspect humanitaire, elle aborde également les causes structurelles des conflits à travers un second segment axé sur l’économie. Les discussions devraient traiter des questions d’intégration régionale, d’emplois transfrontaliers et de développement d’infrastructures partagées entre la RDC, le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda. Selon les organisateurs, la prospérité économique commune pourrait devenir un rempart contre la guerre, en réduisant les rivalités et la pauvreté qui alimentent la violence.
Mais dans l’Est congolais, nombreux sont ceux qui doutent encore. « Tant que les groupes armés circulent librement et que nos villages brûlent, on ne peut pas parler de prospérité », s’indigne Jean-Marie, un jeune agriculteur de Kalehe. Pour lui, la priorité devrait être la sécurité et la justice avant tout projet économique. D’autres habitants rappellent que plusieurs médiations sont déjà en cours à Washington et à Doha, et s’interrogent sur la plus-value réelle de cette nouvelle initiative française.
Cependant, certains analystes estiment que la France peut jouer un rôle d’équilibre dans un contexte diplomatique marqué par la méfiance. En rassemblant une cinquantaine de pays et d’organisations internationales, Paris entend relancer une dynamique régionale plus coordonnée. « Ce n’est pas une conférence de plus, mais une tentative d’unir les efforts dispersés », estime un diplomate congolais sous couvert d’anonymat. Si la mobilisation financière est importante, la coordination politique le sera davantage pour espérer un impact durable.
En attendant les conclusions de cette conférence, les habitants de l’Est congolais gardent les yeux tournés vers Paris avec une prière silencieuse. Entre désillusion et foi, ils espèrent que cette fois, les grandes puissances entendront vraiment leur cri. « Nous voulons simplement vivre en paix, cultiver nos champs, envoyer nos enfants à l’école », confie avec émotion Chantal, déplacée à Minova. Ce vœu, partagé par des millions de Congolais, résonne comme un appel pressant à la communauté internationale : que les promesses se transforment enfin en actes.
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