
-1ère partie –
1.- Introduction : Les multiples visages de la résistance en RDC
La République Démocratique du Congo (RDC) représente un cas d’étude complexe et paradoxal de la résistance politique en Afrique. Malgré des richesses naturelles d’une valeur inestimable, incluant le cobalt, le coltan, l’or, le cuivre, et des réserves hydroélectriques considérables , le pays est confronté à des crises récurrentes et une instabilité persistante. Cette dichotomie entre un potentiel économique immense et une gouvernance précaire se manifeste par des indicateurs sociaux alarmants. Par exemple, en 1994, la RDC se classait au 140e rang selon l’indicateur de développement humain des Nations Unies, avec un produit national brut (PNB) par habitant inférieur à 180 dollars américains et un chômage touchant environ 12 millions de personnes sur une population de 40 millions. Cette situation de pauvreté endémique et d’inégalités profondes constitue un moteur historique et fondamental de la résistance politique sous ses multiples formes.

L’étude de la résistance congolaise nécessite une approche qui dépasse la simple lutte armée. Cette analyse explore un spectre de contestations qui comprend la résistance armée, mais aussi des formes non-violentes, politiques, spirituelles, sociales et issues de la diaspora. Chaque type de résistance a joué un rôle distinct en réponse à des contextes spécifiques, qu’il s’agisse de l’oppression coloniale, de la dictature ou des conflits contemporains. Les revendications, bien que diverses, convergent souvent vers les mêmes thèmes : la quête de souveraineté, la fin de la prédation économique et la dignité du peuple congolais. Nous adoptons ici une approche chronologique et thématique pour analyser ces dynamiques, en mettant en lumière les continuités et les ruptures au fil du temps.
2. -Les fondations de la résistance : L’ère coloniale (1885-1960)
2.1. Les racines de la rébellion : de l’État Indépendant du Congo au Congo belge
La genèse de la résistance en RDC remonte à la création de l’État Indépendant du Congo (EIC) en 1885, placé sous le contrôle personnel du roi belge Léopold II. Au cœur de cette entité coloniale se trouvait un instrument de coercition brutal : la Force Publique. Créée en 1885, cette armée était composée de soldats congolais sous commandement d’officiers blancs. Son rôle principal était de garantir l’exploitation des richesses du pays, en particulier le caoutchouc et l’ivoire, par des méthodes d’une violence extrême. La brutalité de cette institution, incluant le recrutement forcé et des conditions de vie inhumaines pour les recrues, a engendré un profond ressentiment.
Un témoignage recueilli d’un vieillard: « les soldats du blanc venaient toujours la nuit quand tout le monde dormait. Ils encerclaient le village et commençaient à tirer en l’air ou partout comme dans une battue . Les gens paniqués sortaient des cases. Ceux qui s’échappaient de la cohue parvenaient à gagner la forêt et devenaient au fur et à mesure des résistants . Ensuite ils incendiaient les cases et enchaînaient ceux qui restaient surtout les jeunes filles et hommes valides . Ceux qui s’opposaient étaient sommairement abattus.Les travaux auxquels ils étaient soumis étaient des travaux forcés, sans salaire, sans aucune dignité . Un kapita surveillait et donnait des coups de fouet à la moindre défaillance .

Les mutineries de la Force Publique furent une réponse directe à cette exploitation. Un exemple notable est la mutinerie de l’expédition du Nil de 1897-1898, et celle qui éclata près de Boma en 1900. Pour contrer ces soulèvements, les Belges ont développé une tactique de contrôle social sophistiquée. Ils affectaient les soldats congolais loin de leurs terres natales et mettaient en place un système de quotas pour limiter la présence de soldats dans leur région d’origine. L’objectif explicite était d’utiliser l’hétérogénéité ethnique des régiments pour « étouffer tout sentiment de solidarité tribale ». Cette stratégie illustre la conscience de l’administration coloniale du risque que représentait une résistance unifiée et son recours à des divisions internes pour maintenir son autorité. La Force Publique, loin d’être un simple outil de maintien de l’ordre, fut au centre des soulèvements en raison de sa nature intrinsèquement répressive et de la discrimination raciale qu’elle infligeait à ses propres membres.
2.2. La résistance spirituelle et messianique : L’exemple du Kimbanguisme
Parallèlement aux mutineries militaires, des formes de résistance spirituelle et messianique ont émergé, dont le mouvement kimbanguiste de Simon Kimbangu. Fondé en 1921, ce mouvement s’articulait autour de trois dimensions interdépendantes : la guérison, l’esthétisme et la politique. L’administration coloniale percevait ce mouvement non seulement comme un phénomène religieux, mais aussi comme une menace politique directe à son autorité, ce qui a déclenché une répression brutale. Dès 1922, les autorités ont arrêté Simon Kimbangu et déporté un grand nombre de ses adeptes dans des « camps de relégation » où ils furent contraints au travail forcé sous surveillance militaire.

Cette tactique d’écrasement a produit un effet inattendu et inverse. Au lieu de confiner le mouvement et de l’étouffer, la répression a involontairement catalysé sa diffusion. En déportant les kimbanguistes, le pouvoir colonial a disséminé leur idéologie à travers le territoire et au-delà de ses frontières, notamment « chez les Bakongo du Congo français et portugais ».
Le mouvement a survécu dans la clandestinité, renforçant sa résilience et son héritage. Les « chants captés » ou « chants des anges » de Kimbangu et de ses disciples, reçus par révélation divine, ont servi de puissants outils de ralliement et d’identification pour les adeptes, contribuant à préserver leur identité et leur idéal communautaire malgré la répression. Ce phénomène met en évidence comment une tentative de destruction peut se transformer en un vecteur de pérennisation et de transnationalisation pour un mouvement de résistance. Aujourd’hui, le mouvement lancé par Kimbangu a survécu au-delà de toute espérance et atteint d’autres continents .C’est dire que si Kimbangu Simon est reconnu par les adeptes au Kimbanguisme et les congolais comme prophète, pour l’Occident ce n’est qu’un rebelle au système colonial. Et pourtant cette expansion spontanée est une preuve qu’on ne tue pas une idée même avec une répression brutale. Cela a le mérite de confirmer qu’une résistance menée de façon coordonnée et surtout par l’esprit saint finit toujours par triompher du sytème . Nous croyons qu’on tiendra un jour un nouveau concile pour repenser les livres de la Bible et y ajouter les nouveaux prophètes comme Simon Kimbangu.
*A suivre dans notre prochaine édition -2è partie …
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